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When I meet God,

I am going to ask him

two questions:

Why relativity?

And why turbulence?

I really believe

he will have an answer

for the first.

Werner Heisenberg, on his death bed

La cosmologie moderne a projeté nos consciences à des milliards d’années-lumières de nos petits quotidiens, dans un univers de titans, de superlatifs et d’infinis. La mythologie post-einsteinienne n’a rien à envier aux impressionantes divinités antiques. Dans le panthéon des astrophysiciens se côtoient distorsions spatio-temporelles, trous noirs, étoiles à neutrons, quasars, supernovae, énergie noire et dimensions parallèles. Du côté de l’infiniment petit, les nouveaux horizons fantasmagoriques sont tout aussi terrifiants, quoique moins bien connus du fait de leur extrême complexité. Je pense à la théorie des cordes et, par exemple, les dix dimensions supplémentaires de la réalité qu’elle prévoit et qui seraient restées enroulées sur elles-même au moment du Big Bang. A l’observation du caractère à la fois corpusculaire et ondulatoire de la lumière et à la théorie des probabilités quantiques qui en découle, dont le fameux exercice de pensée du chat de Schrödinger. La liste est longue, mais on peut encore évoquer les  théories du chaos, de l’effet papillon et des fractales, qui ont la particularité de se manifester concrètement et visuellement à l’échelle humaine, favorisant l’établissement du lien entre réalité tangible, théorie mathématique et réflexion métaphysique, ce qui explique leur large popularisation, notamment dans la culture psychédélique, résolument à la recherche de nouvelles divinités.

 

En proposant des explications toujours plus fiables aux phénomènes naturels, l’appareil de la physique expérimentale et des mathématiques n’a pas dépouillé la réalité de sa magie et de ses mystères, mais il les a absorbés, transférés dans ses formules, déplacés dans des sphères d’intelligence difficiles d’accès, bien au-delà du monde observable à l’oeil nu. La science a fait plus que miner les fondements des religions monothéistes en pulvérisant le présupposé anthropocentrique, elle a également dépassé le phénoménal en matière de contemplation romantique. Elle s’impose donc aujourd’hui comme ultime point de contact avec le divin.